Grève à l’APAJH 86 : les salariés épuisés.

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Malgré la pluie, ils sont une quarantaine devant la Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) du Parc, à Targé. Sur les grilles de l’établissement, des banderoles sont tendues : promesses non tenues, salariés en colère. Ce lundi 3 juin, les salariés de l’Association pour Adultes et Jeunes Handicapés de la Vienne (APAJH86) étaient en grève.
Les temps de repos dans le viseur A l’origine du conflit : les conséquences de l’annualisation du temps de travail, mise en place il y a un an. Logiciel non livré, heures non comptabilisées… Dans une partie des 14 établissements gérés par l’APAJH, les repos à prendre par les salariés se sont dangereusement accumulés.
Pour faire face à cette situation, une note interne, retirée depuis, d’après la CFDT, imposait des repos obligatoires aux salariés, quand d’autres ne peuvent être garantis, faute de remplaçants disponibles.
Une situation qui a mis le feu aux poudres pour la CGT. Celle-ci réclame l’application du code du travail et la possibilité de se faire payer ses heures supplémentaires. « Cela fait vingt ans que les salaires n’augmentent pas », assure Yannick Guérin, secrétaire CGT du comité d’entreprise.
Contactée, la direction de l’APAJH, elle, refuse de s’exprimer. Mais sous les parapluies des grévistes, les motifs d’insatisfaction vont plus loin. « L’association se comporte maintenant comme une entreprise », déplore Nathalie Menier, elle aussi responsable CGT. Une aide soignante témoigne : « parfois, je dois laisser cinq personnes dans leur lit toute la journée : on n’a pas le temps de les lever, seulement de les nourrir. »
L’épuisement des salariés se mesure dans le bilan social de l’association. Au sein de la MAS de Targé, les arrêts de travail pour l’année 2017 s’élevaient à plus de 7.000 journées, pour 120 salariés. « C’était effarant », témoigne Fabien Chemet, délégué syndical de la CFDT, qui elle n’appelait pas à la grève.
Des conséquences pour les résidents Ces difficultés sociales impactent les résidents des différents établissements. « Ce sont des éponges, dès que les salariés ne vont pas bien, ils le ressentent, et ils n’ont que les gestes pour l’exprimer », raconte Nathalie Menier.
Alertées par cette situation, plusieurs familles sont venues soutenir les grévistes. « Mon fils est de plus en plus agité, on me propose d’alourdir ses soins », témoigne une mère. Une autre ne fait que passer : membre du conseil d’administration de l’APAJH, elle a reçu interdiction d’apporter son soutien aux grévistes. Sous peine de « mesures difficiles et radicales », d’après le courriel que nous avons pu consulter.

Publié le 04/06/2019 (La nouvelle République.fr)